aikido GHAAN


La théorie démontrée

Publié le : 01/12/2007
Catégorie : articles
Tags : cebille

Un article écrit par Claude Cébille

"Vois-tu, dans notre discipline, le temps dans sa durée n'existe pas , c'est la victoire de l'instant, la fusion parfaite des contraires, ni passé, ni futur, ni vainqueur, ni vaincu car la paix réelle n'existe que dans ce furtif moment, à la recherche de l'osmose parfaite que l'on ne trouvera que dans l'action, car l'action efface le temps et nettoie notre esprit."

Cela faisait un bon mois qu'à la fin du repas le maître m'avait parlé ainsi, et, sans que je sache exactement pourquoi, ces paroles m'étaient restées gravées. Je me souvenais surtout de l'étrange sensation de bien-être qui me parcourait chaque fois qu'il me faisait l'honneur de m'inviter à sa table, ce qui nous donnait l'occasion de discuter des choses de la vie en dehors des tatamis où il ne fallait que bouger, transpirer, sans palabrer.

Nous étions quelques jours avant que l'année ne se termine. Juste avant les ablutions, le maître nous réunit, trois camarades d'entraînement et moi-même. "Messieurs, nous dit-il, une théorie n'ayant pas prouvé son efficience ne restera toujours qu'à l'état de théorie. Je vous donne donc rendez-vous dans ce Dojo le trente et un décembre à vingt-trois heures trente avec vos effets d'entraînement." Évidemment, la surprise fut totale tant pour mes camarades que pour moi-même, ce qui eu pour conséquence de nous voir, en guise de réponse, nous incliner tous en même temps.

Me voici donc légèrement inquiet, en route pour le Dojo. La curiosité l'emporta et à mon grand étonnement nous nous retrouvâmes au complet, en tenue, prêts avec le Maître au milieu du Dojo à l'heure dite à faire le salut au Kamiza. "Démontrons la théorie de l'osmose parfaite et effaçons la durée temporelle, en déclinant les formes de corps pré-arrangées, " nous dit-il. Nous nous mîmes au travail dans un silence religieux, concentrés à l'extrême, et totalement indifférents au monde extérieur.

Quand je saluais mon partenaire, je dégoulinais de sueur et nous étions entrés dans la nouvelle année depuis un certain temps. Encore tous essoufflés, nous formâmes un cercle au milieu du Dojo. Le Maître disparu un instant nous laissant seuls, à genoux, les tempes battantes, les yeux mi-clos.
Puis il revint, étalant à grands soin au centre, une veste de petite taille, qui, nous expliqua-t-il était la propre veste du Fondateur que le Maître avait reçue de la main même de celui-ci le jour de son départ du Japon. Après nous avoir expliqué dans le détail l'importance spirituelle d'un pareil cadeau remis par cet Être exceptionnel, il nous en enveloppa les épaules chacun notre tour, nous livrant ainsi, par son intermédiaire, un peu de pérennité spirituelle.
Quant à moi, je ressentis un bien-être immédiat prendre possession de mon corps et je pense encore, après tout ce temps, que peu de gens ont eu l'expérience et l'indicible honneur d'avoir été adoubés par le Maître avec la veste dans laquelle le Fondateur avait transpiré.

Il est évident que cette nuit là, sans même nous en apercevoir, nous, pratiquants, sommes passés d'une année à l'autre en commençant une action dans le présent d'avant et en la terminant dans le présent de maintenant, et ce fut une extraordinaire leçon.

« Sueur Instants »