Me voici donc légèrement inquiet, en route pour le Dojo. La curiosité l'emporta et à mon grand étonnement nous nous retrouvâmes au complet, en tenue, prêts avec le Maître au milieu du Dojo à l'heure dite à faire le salut au Kamiza. "Démontrons la théorie de l'osmose parfaite et effaçons la durée temporelle, en déclinant les formes de corps pré-arrangées, " nous dit-il. Nous nous mîmes au travail dans un silence religieux, concentrés à l'extrême, et totalement indifférents au monde extérieur.
Quand je saluais mon partenaire, je dégoulinais de sueur et nous étions entrés dans la nouvelle année depuis un certain temps. Encore tous essoufflés, nous formâmes un cercle au milieu du Dojo. Le Maître disparu un instant nous laissant seuls, à genoux, les tempes battantes, les yeux mi-clos.
Puis il revint, étalant à grands soin au centre, une veste de petite taille, qui, nous expliqua-t-il était la propre veste du Fondateur que le Maître avait reçue de la main même de celui-ci le jour de son départ du Japon. Après nous avoir expliqué dans le détail l'importance spirituelle d'un pareil cadeau remis par cet Être exceptionnel, il nous en enveloppa les épaules chacun notre tour, nous livrant ainsi, par son intermédiaire, un peu de pérennité spirituelle.
Quant à moi, je ressentis un bien-être immédiat prendre possession de mon corps et je pense encore, après tout ce temps, que peu de gens ont eu l'expérience et l'indicible honneur d'avoir été adoubés par le Maître avec la veste dans laquelle le Fondateur avait transpiré.
Il est évident que cette nuit là, sans même nous en apercevoir, nous, pratiquants, sommes passés d'une année à l'autre en commençant une action dans le présent d'avant et en la terminant dans le présent de maintenant, et ce fut une extraordinaire leçon.
Claude Cébille, 2007